Après une étape, disons hummmm, humide à Chaiten, nous en repartons avec l’espoir de ne pas nous faire trop rincer les jours qui suivent. Nous avons un créneau météo plutôt favorable les 5 – 6 jours qui viennent, l’objectif est de rallier Puyuhuapi sur ce laps de temps. Vêtements secs, ravitaillement fait, motivation gonflée à bloc : le jeudi 12 février, c’est parti pour notre acte II de la Carretera Austral, toujours plus au sud
Une partie des voyageurs qui parcourent la Carretera du nord au sud font l’impasse sur la première partie et prennent le bateau de Puerto Montt jusqu’à Chaiten. Nous nous attendons donc à trouver plus de circulation à partir d’ici. Ceci dit, nous sommes également presque à la mi-février, nous devrions donc avoir passé le pic de fréquentation de la saison. Les premiers kilomètres après la ville se font sans aucune difficulté, ça monte sur un faux-plat tranquille en fond de vallée. On arrive à parcourir 60 kilomètres la première journée. Nous croisons un Argentin qui voyage en marchant, seul au bord de la route, quelle patience ! Déjà plus de 600 km à pieds. Le soir, dur de trouver où dormir : très peu d’habitations où demander l’hospitalité, pas de camping. Cela nous pousse à avancer, avancer… nous finissons, fatigués, par atteindre un hôtel – camping où nous nous rendons à l’accueil, très chic, en bord de lac. La personne qui nous reçoit nous annonce le prix d’une nuit en tente : 50 euros. Gloups. Nous déclinons poliment, hors de question de payer ce prix là pour poser deux tentes et avoir le droit de faire pipi dans des WC, on trouvera bien un bivouac sauvage dans les environs. C’est alors que débarque Matias, un autre campeur, sourire aux lèvres : « Restez ! Ça me fait plaisir de vous offrir la nuit ! Bienvenus en Patagonie. Et si ça vous fait plaisir, je vous invite à dîner avec ma famille à notre emplacement ». Une personne qui nous a reçu il y a peu et à qui nous étions sur le point de refuser de recevoir quelque chose de gentil qui nous paraissait “trop” nous a dit :“ne refuse pas l’aide qu’on t’offre ». Du coup, on a dit “oui” et nous avons passé une super soirée en compagnie de Matias, sa femme et leurs trois filles, originaires de Puerto Varas au Chili, et avec qui nous avons échangé nos points de vue sur la politique, l’écologie, les voyages… la vie en général !
Le jour suivant, ça grimpe un peu pour passer le col avant Villa Santa Lucia, mais nous roulons sur l’asphalte : fastoche ! La route nous fait ensuite passer à travers un paysage de désolation… Début décembre 2017, de fortes pluies ont provoqué un glissement de terrain majeur qui, dévalant la montagne jusqu’au village, en a enseveli une partie, tuant à cette occasion 22 personnes. L’école a été totalement engloutie sous la coulée, mais heureusement ce fut un samedi, jour sans école. Le lieu est très impressionnant : on devine facilement le morceau de montagne qui s’est détaché près du sommet, et il est possible de suivre la coulée jusqu’au village. Sur son sillage, même plus de huit ans après, rien. De la terre, des milliers de mètres cubes de terre, quelques végétaux, nalcas et autres, recolonisant le lieu petit à petit. Mais de la forêt qui était là avant ne subsiste que les troncs déchiquetés, vrac et partiellement ensevelis qui dépassent ici et là. Nous sommes accueillis dans le jardin d’une famille le soir même à Villa Santa Lucia. Ils étaient présents le jour du désastre et nous raconte leur vécu : ça fait froid dans le dos !
Les jours qui suivent sont tranquilles, nous avançons à bon rythme suivant une longue vallée. Sofia est de plus en plus vaillante, elle se met souvent en danseuse en montée malgré ses sacoches. Nous sommes étonnés de ne nous souvenir que très peu des lieux, que nous avons pourtant déjà parcouru il y a 13 ans… Il est intéressant de constater que nous ne traversons pas les mêmes paysages de la même façon cette fois-ci. Premièrement, l’asphalte a remplacé la mauvaise piste qui nous obligeait à rester plus concentrés sur le pilotage. Avec le goudron, nous profitons plus des paysages, le nez au vent plutôt que dans le guidon. Avec les enfants, nous sommes plus lents, faisons plus de pauses, moins de choses nous échappent, la perception est vraiment différente à hauteur d’enfant. Bivouac ou petit camping à la ferme, les nuits sont tranquilles. Plusieurs jours de suite, nous doublons le marcheur que nous avions rencontré en partant de Chaiten, il va donc aussi vite que nous… Bon, il doit quand même se faire de bonnes journées (jusqu’à 50 km les bons jours, une bonne trentaine en général) ! Nous arrivons juste à temps à Puyuhuapi, après une course en avant pour échapper aux nuages noirs qui nous talonnent. Il s’en est fallu de peu, le temps de trouver une cabana et de quoi déjeuner, et la pluie commence ! Quelle organisation ! Nous nous arrêtons 3 jours à Puyuhuapi, le temps de laisser passer un épisode pluvieux. Qu’il est bon de d’être au chaud près d’un poêle alors que la pluie bat sur le toit… En plus, le logement dispose d’un four : nous en profitons pour nous mitonner quelques bons petits plats comme des lasagnes ou une tarte au citron. Miam !
Enfin, la pluie nous laisse du répit. Nous quittons Puyuhuapi le 20 février par un matin très brumeux. Les nuages sont bas : impossible de voir des montagnes autour du fjord du Puyuhuapi que nous longeons, mais l’ambiance en est plus mystérieuse, très poétique. En fin de matinée, les nuages se lèvent enfin, nous laissant admirer les sommets et glaciers visibles depuis la route. Nous nous engageons dans le fjord de Queulat où nous espérions voir des dauphins, d’autres cyclos en ont vu à cet endroit… Nous ne verrons que des otaries, pas de chance ! La route asphaltée devient piste et nous entrons dans le Parc National Queulat. Après 40 km roulés aujourd’hui, la fameuse côte de Queulat se dresse devant nous (ta daaaaa, musique qui fait peur !). Nous en avons entendu parlé de nombreuses fois par des cyclo-voyageurs adultes : fortes pentes, piste en sale état, camions, beaucoup choisissent de renoncer et passer ce col en stop. Nous préférons donc trouver un spot de bivouac sauvage au bas de la côte pour la gravir le jour suivant à la fraîche.
Le lendemain, 9h30, tout le monde est chaud ! Il fait encore frais mais le ciel est d’un bleu parfait, le soleil brille, les pluies de ces derniers jours ont collé la poussière à la piste : les conditions sont idéales, c’est parti ! La pente commence, on se met en mode tortues, avançant lentement mais sûrement, passant épingle à cheveux après épingle à cheveux avec patience. Les paysages autour de nous sont sublimes, on s’extasie à chaque laçet, impossible de se lasser de tant de beauté ! Un vrai plaisir cette montée ! Nahuel et Alicia sont redoutables d’endurance, Sofia se défend vraiment bien. Nous attendons un peu le moment où ça va se corser, peut-être le prochain virage… Ah non, le suivant sans doute. Ah non ! On est arrivé au col ! C’est la surprise, nous y sommes parvenus en deux heures, facilement, et avec plaisir, quel kiff ! Nous comprenons après coup : beaucoup de cyclo-voyageurs ne sont là que pour quelques semaines, voire quelques jours, tandis que nous avons eu le temps de nous aguerrir dans les pistes plus au nord. Finalement, cette côte était plus facile que de nombreux kilomètres que nous avons déjà parcouru. Comme quoi, à chaque voyageur son voyage, ses limites et ses capacités, sa patience et ses envies. Au col, de nombreux touristes motorisés sont stationnés pour admirer le panorama. Rapidement, nous nous trouvons entourés d’une petite audience de touristes anglophones qui nous mitraillent de questions sur notre périple, et qui ne cessent de s’extasier de ce que réalisent les enfants, les félicitent. Nous relativisons toujours ce genre de propos car, de notre point de vue, nous nous estimons surtout extrêmement chanceux de pouvoir vivre ce rêve en famille. Mais il faut reconnaître que pour l’ego, c’est sympa, on est content pour les enfants qu’ils vivent cette expérience d’estime de soi !
La route d’asphalte reprend dès la descente et nous poursuivons notre chemin. Les jours qui suivent sont doux : route facile, bivouacs tranquilles ou nuit en refuge pour cyclistes, baignade dans les rivières, pêche (infructueuse… ça pêche des algues ou des cailloux), on s’enivre des paysages. Côté météo, ça commence à sentir la fin de l’été.
65 kilomètres avant Coyhaique, nous préférons quitter la route d’asphalte pour continuer sur la Carretera historique, toujours en ripio. Nous voulons quitter la route principale pour éviter le traffic. Le retour sur la piste est difficile pour Nahuel cette fois, la motivation n’est pas du tout au rendez-vous. Gorge serré, nausée, envie de pleurer… Ça ne va pas du tout. On trouve ça chouette que les enfants apprennent à se dépasser mais le but de ce voyage reste de se faire plaisir. On rassure Nahuel et on s’arrête au camping le plus proche, heureusement à quelques kilomètres. Il y a des chevaux, des chats, des chiens, des poules, on annule les devoirs, bref, on se repose et on se détend ! Dernière grosse journée enfin pour rallier Coyhaique : il y a un peu plus de 50 kilomètres à avaler, dont un peu de montée, presque que de la piste mais nous savons où nous dormons ce soir ! On commence par notre petit déjeuner maintenant classique avoine – fruits frais (le petit déjeuner des champions) pour une journée assez intense. En quelques kilomètres, depuis la vallée d’hier, le paysage a totalement changé. Nous avons en fait retraversé la Cordillère des Andes et sommes passés du côté est, donc sec : les forêts ont laissé place à une végétation plus rase, le vert a disparu au profit du doré des herbes. Le changement est vraiment radical, nous sommes surpris ! C’est avec plaisir que nous voyons se profiler au loin la ville de Coyhaique en milieu d’après-midi, où nous arrivons vers 16h00.
Nous laissons la parole à Sofia qui souhaite raconter notre séjour à Coyhaique. Nous y avons été accueillis comme des rois par Florencia et Nicolas, hôtes Warmshowers (réseau d’entraide entre cyclos).
Nous arrivons à Coyhaique. Nous buvons des motes con huesillo parce que c’est trop bon ! On recroise Nicolas et Natacha (ils vont beaucoup plus vite que nous, mais c’est parce qu’ils voyagent à pied et en bus) que nous avons croisé il y a quelques semaines dans le parc Pumalin. Nous attendons Florencia et son fils Samuel sur la place centrale et nous allons à la bibliothèque. Je suis en train de lire la série des Harry Potter sur ma liseuse électronique. Quand je vois la taille des livres papier dans les rayons, je suis très impressionnée. Je ne pensais pas que j’étais capable de lire d’aussi gros livres ! Ensuite, nous allons manger des frites trop bonnes avec des petits lardons : on en avait marre des pâtes et du riz ! Puis nous allons voir la projection d’un documentaire sur des voyages en vélo, il y avait du monde. Quand nous rentrons, il fait déjà nuit ! Vu qu’on a mangé des frites, on avance comme des escargots dans les montées ! En arrivant, on joue un petit peu avec Samuel et Tomasito et rapidement, on se jette dans les lits car nous sommes très fatigués.
Le troisième jour, nous allons nous balader à un refuge. On fait un barbecue, mais un barbecue chilien car il pleut vraiment trop ! On aide l’association à bricoler le chalet pour qu’il soit accueillant pour l’hiver qui arrive. Le cinquième jour, c’était l’anniversaire de Maman ! Nous allons dans l’école de Samuel pour présenter notre voyage. Leur cour est vraiment trop géniale, ça nous a donné bien envie : il y a des toboggans dans les arbres, une corde de Tarzan, des filets dans les arbres comme un parcabout ! Ensuite, nous participons à une manifestation à vélo pour demander plus de pistes cyclables dans la ville. J’ai un peu honte qu’on fasse autant de bruit : on fait sonner nos sonnettes comme des fous, on crie et on met de la musique ultra fort. Mais en fait c’est trop chouette, il y a une super ambiance ! On finit la journée en allant voir une petite conférence d’un photographe pour la journée mondiale de la Nature (comme par hasard le jour de l’anniversaire de Maman…), et après on va dans un restaurant pour manger des moules-frites !! Maman peut même souffler ses bougies car nous avons acheté des bougies avec Papa en secret. On doit partir le lendemain, mais Papa et Maman décident de rester un jour de plus pour finir de bricoler les vélos. J’ai l’impression qu’on ne va jamais partir d’ici !
Nous avons donc passé un super séjour dans la famille de Nicolas et Florencia. Ces deux derniers sont très engagés sur les thématiques de l’environnement et du développement de la place du vélo en ville, et du genre hyper-actifs, nous avons pu faire plein de choses en leur compagnie. Nous avons été également invités chaleureusement chez leurs amis. Bref, une super rencontre à l’autre bout du monde, chez des étrangers qui nous reçoivent comme de vieux amis, c’était top et super intéressant ! J’ai (Marie) passé un super anniversaire !
Nous avons évidemment fini par repartir, pour notre dernier tronçon de voyage plein sud. Mais ça, c’est pour un prochain épisode !
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2 – Il semble que le système de commentaires d’article soit un peu capricieux. Apparemment il fonctionne bien avec le navigateur Firefox (que ce soit sur ordinateur ou téléphone) mais pas vraiment avec les autres (Opera, Chrome). Si vous voulez nous laisser un petit message, essayer avec ce navigateur.




























































































