Futrono devait être une rapide étape, une petite glace en fin de journée et une nuit au camping tout au plus… mais la chute de Sofia en a décidé autrement ! Le 10 janvier, après son accident et grâce au bouche-à-oreille, nous sommes invités très généreusement par Pamela et Henry à séjourner chez eux. Ils habitent une belle et grande maison, une chambre est vide, et nous la louent pour une somme très raisonnable. Et cela nous arrange car la pauvre Sofia ayant de belles plaies aux articulations, ça aurait été compliqué pour elle de dormir en tente. Encore une fois, en Amérique du Sud, les soucis ne durent que peu de temps, on trouve toujours une solution qui, dans le cas présent, vient à nous d’elle-même ! Merci Alfonso pour le tuyau ! Il faut juste apprendre à lâcher prise et parfois se laisser porter par le cours des évènements avec confiance. Pompon sur la pomponette, la maison de Pamela et Henry se situe dans les hauteurs au bord du lac Ranco avec une vue incroyable sur ce dernier, et des couchers de soleil… comment dire ?? Impossible de s’en lasser ! Le premier jour, nous pensons encore être en mesure de repartir le lendemain, ou au pire le jour suivant… Mais entre l’attente pour la cicatrisation des plaies, une douleur inattendue au genou pour Sofia et une radio de contrôle dans la grande ville la plus proche (à une heure et demi de route tout de même), nous ne le savons pas encore mais nous allons passer six jours à Futrono !
Et finalement, nous remercions presque Sofia pour cette pause inattendue car elle nous permet de passer une super semaine en compagnie d’une chouette famille chilienne : Pamela et Henry, les parents, Amara et Matteo, leurs enfants, et enfin Orfa, la maman de Pamela en vacances à Futrono. Ça commence fort le premier soir où nous arrivons chez eux vannés à 21h00, encore un peu sous le choc de la mésaventure matinale de Sofia. On décharge les vélos, on installe nos affaires, couchons les enfants… et nous rendons compte qu’un barbecue de bienvenue est en préparation ! Ok, si on veut en profiter, il va falloir se mettre au rythme chilien : goûter vers 19h00, dîner à 22h00, on trinque à 1h00, se couche à 2h00 et… grasse matinée jusqu’à 10h00 !
Tous les matins (avec le décalage, on parle plutôt de la fin de matinée – début d’après-midi), c’est école pour les enfants, et relâche l’après-midi. On va se balader ou on profite de cette pause inattendue pour ne rien faire bouquiner, jardiner avec Henry, aller chez le médecin pour le suivi de Sofia, filer un petit coup de main pour aider à préparer le bois pour l’hiver, faire trois heures de route pour passer deux radiographies, jardiner un peu, retourner chez le médecin pour avoir les résultats des radios, regarder un festival chilien d’humour à la télévision – et se rendre compte que le style de stand-up chilien ne déclenche chez nous aucune contraction particulière de nos zygomatiques –, laisser Nahuel faire des jeux vidéos avec Matteo, laisser Alicia et Sofia regarder “Les vacances de Mister Bean” avec Orfa, etc.
La cuisine étant très bien équipée, nous sommes ravis : on va pouvoir se régaler et faire découvrir de bons petits plats de chez nous à notre famille d’adoption. Au cours de la semaine, nous cuisinons : crêpes, ratatouille (recette de mamie Sanso), quiche lorraine, gratin de courgettes, gratin dauphinois, crumble, gâteau nantais, cookies, marcellin (recette de grand-mère Bretagne) et même ! même ! un fondant au chocolat. Et dans les verres, des ti’punchs ! Un vrai tour de France culinaire ! Ça fait vraiment vraiment plaisir de cuisiner et régaler nos hôtes et apparemment, la ratatouille, c’était le comble du chic (référence à un certain dessin animé…) ! Henry et Pamela se chargent aussi de nous partager leurs recettes : merlu pané, ceviche de cochayuyo (Durvillae antarctica, espèce d’algues brunes pouvant atteindre 15 mètres de long, préparée avec du citron, des tomates et des condiments), completo… sans oublier les boissons locales : fanchop (fanta-bière), pisco, melon-vin, et tout un tas d’aguardientes (eaux de vie) dont les trop nombreux noms ne se sont pas imprimés dans nos mémoires… rapport à l’heure tardive, tout ça tout ça… Notons aussi que cette rencontre culturelle a aboutie à un métissage mettant en avant le meilleur de ces deux cultures, matérialisé par un nouveau rafraîchissement nommé le Chi-chi-pon : base de ti’punch, puis insérer dedans une bouteille de bière renversée, servir avec une paille en métal (bombilla). Le résultat est… renversant évidement ! Autant vous dire qu’entre le manque d’activité physique et les excès, nous avons refait un peu de gras !
Au bout de six jours sur place, les plaies de Sofia ont cicatrisé, son genou retrouve un peu de souplesse, nous allons pouvoir repartir ! La veille de notre départ, nous nous rendons tous ensemble à une fiesta costumbrista, fête estivale avec nourriture locale (empanadas, mote con huesillo, casula, etc.) et musique locale (chapeau de cow-boy, vestes à paillettes, chorégraphie à mourir de rire, ligne de basse à quatre notes, invariable) pour finir en beauté ce séjour improvisé. Merci mille fois pour cette semaine géniale avec vous Pamela et Henry, on vous attend quand vous voulez en France !
Malgré le petit pincement au cœur au moment du départ, nous avons hâte de repartir ! C’est toujours comme ça pendant les pauses : un sentiment partagé entre le bonheur de quelques jours immobiles et l’envie irrésistible de remonter sur nos vélos. C’est un plaisir d’observer cela aussi chez les enfants : les premiers kilomètres, la flemme domine, mais au bout de quelques kilomètres, il y en a toujours un des trois pour dire quelques choses comme : « Aaaaaah, ça fait tellement du bien d’être de nouveau en route ! ». Nous (re)quittons donc Futrono le dimanche 18 janvier à midi passé (record battu de départ tardif, ça commence bien !), il fait grand beau, c’est 100 % plaisir ! Quitte à être lents, nous avons décidé de ne pas faire les choses à moitié et de faire le “presque” tour du lac avant de reprendre vers le sud. Cela nous permet de passer par le côté moins balnéaire et moins plat. Au bout de 15 kilomètres, aïe ! On tombe… sur un spot de baignade parfait ! Une rivière aux eaux translucides et vert profond se glisse dans une étroite gorge formée de deux murs verticaux de roches noires. Elle se déverse ensuite dans plusieurs bassins, dont un suffisamment profond pour pouvoir y sauter depuis de belles hauteurs. Ce serait criminel de ne pas faire un stop pour s’y baigner ! On descend les vélos au plus proche de la plage de galets, via un petit chemin par vraiment prévu pour (qu’il faudra ensuite remonter…), cette pause pique-nique est parfaite, sauf pour la pauvre Sofia qui ne peut pas encore se baigner pour cause de « cicatrisation en cours » !
Nous reprenons la route à 16h avec encore 20 km de prévus pour atteindre notre objectif du soir : les chutes de Nilahue. Mais on commence à être rôdé, la route est totalement asphaltée, ça roule bien malgré un peu de trafic et un beau mur à mi-parcours. Et le soir, quelle récompense de pouvoir camper à côté de cette belle chute d’eau ! Nous voyons beaucoup de chutes très similaires dans cette région à l’activité volcanique passée et présente active : une rivière qui s’écoule sur une ancienne coulée de lave, forme un relief, puis se jette du haut d’une cassure dans cette ancienne coulée, où sont tout le temps visibles des orgues de basalte. Ce mélange d’eaux bouillonnantes et de roches volcaniques aux formes étonnantes, c’est toujours magique ! Au petit camping à la ferme où nous dormons, juste au-dessus des chutes, les enfants se font des copains. Et c’est parti pour une journée de pause vélo ! Nous avions promis au médecin de redémarrer doucement. La deuxième nuit, vers 22h30, alors que les enfants dorment, Sofia se réveille en hurlant en nous disant qu’elle a quelque chose dans l’oreille et que ça lui fait très mal. Petit moment de stress, on ne voit pas grand-chose dans son oreille mais elle continue à nous dire qu’elle entend que ça gratte dedans. Relativement impuissants, nous tentons les gouttes anti-douleurs dans l’oreille. Elle se calme et se rendort mais il faudra quand même vérifier tout ça.
Sur la rive sud du lac, la route est un peu moins sympa, il y a pas mal de trafic. L’accès à la berge n’est pas toujours évident car au Chili, en général, la nature est très privatisée. A la recherche d’ombre pour le déjeuner, nous demandons à un couple si nous pouvons pique-niquer sous le grand arbre à l’entrée de leur propriété, ils nous permettront finalement de traverser cette dernière pour aller piquer une tête dans le lac. Arrivés au bout du lac, nous passons devant un centre de santé : nous nous arrêtons pour faire vérifier l’oreille de Sofia. Le médecin confirme que Sofia transporte bien un petit passager clandestin. Alors des infirmières essayent de l’enlever par tous les moyens : eau, glycérine, mini-aspirateur, pince à épiler, mini-cuillère… Après deux heures d’essais infructueux, il est mort, mais ne veut toujours pas sortir ! Il va falloir revenir demain. Sauf qu’il est 19h20, et que nous n’avons toujours pas de plan pour dormir ce soir… Heureusement, Olivier croise Alejandro et son fils Pedro devant l’hôpital. Après quelques minutes à échanger, ils nous invitent à passer la nuit chez eux. Leur maison n’est pas très grande, il n’y a qu’une pièce dans laquelle nous dormirons tous, mais quelle gentillesse de nous accueillir comme ça ! Nous espérons que les enfants retiendront ce genre d’exemple pour le reste de leur vie. Un grand respect pour Alejandro qui est capable de préparer une pizza maison à partir de zéro, tout en discutant et en subissant les assauts d’un lumbago, en à peine 10 minutes. Le lendemain matin, nous sommes de nouveau au poste de santé à 9h00. La médecin, à court d’idée, fait venir une otorhinolaryngologiste (mot compte triple !) qui fait 40 minutes de voiture juste pour Sofia. Après encore une heure d’essai, un bain d’eau oxygénée, et une observation de l’intérieur de l’oreille de Sofia via une micro-camera, l’otorhino arrive enfin à extraire la bête en injectant un bon demi-litre d’eau dans l’oreille de Sofia. L’espèce n’a pas pu être identifiée, mais c’était un beau morceau ! Ouf !
La route continue, à présent beaucoup plus morne et plate que tout ce que nous avons parcouru ces dernières semaines. On s’éloigne de ces si belles montagnes à regret. Le trafic s’intensifie également, mais nous avançons aussi plus vite. Nous savons que ce sera ainsi jusqu’à Puerto Montt, alors on trace ! Oh mais attendez…! Des Français à vélo, avec des enfants ! Mais ouiiii, enfin ! À notre connaissance, nous sommes quatre familles à vélo au sud de l’Amérique du Sud, une famille française et nous qui descendons vers le sud, et deux autres qui remontent vers le nord. Et on a réussi à tomber sur l’une d’entre elles par hasard ! Sauf que nous nous croisons… mais les enfants sont tellement heureux de rencontrer d’autres enfants en voyage à vélo, que nous décidons de faire demi-tour et de revenir 5 kilomètres en arrière. Nous passons donc cette journée en compagnie de Danaelle, Lucas, Norah et Alix, qui ont commencé leur voyage il y près de trois mois à Ushuaïa et remontent jusqu’à fin juin vers Cusco. Au programme : jeux, papotage, baignade, échange d’enfants dans les tentes et petit barbecue – bière au bord du lac. Les enfants sont ravis, et les parents aussi !!
Les trois derniers jours, on arrête les bêtises et on accélère vraiment pour enfin arriver à Puerto Montt (nous passons la seconde). La route est de moins en moins tranquille au fur et à mesure que nous nous approchons de la ville. On arrive à avoir encore de beaux panoramas sur le lac Llanquihue, avec en arrière-plan les volcans Calbuco et Osorno, sentinelles imposantes du deuxième plus grand lac du Chili. La dernière nuit avant d’arriver à Puerto Montt, nous faisons encore une belle rencontre. À la recherche d’un lieu où poser la tente, nous tombons par hasard (ce fameux hasard) sur Hector, qui vit chez ses parents Rosa et Armando. Soucieux que nous soyons bien installés ce soir, ils nous invitent à camper dans leur jardin. Et, comme très souvent, nous voici aussi invités le plus naturellement du monde à pouvoir utiliser les sanitaires dans la maison, puis à partager la once (le goûter-dîner) qu’ils ont préparé pour nous. Nous passons donc encore une fois la soirée à parler avec ces inconnus, mais avec qui nous échangeons sur nos vies respectives. C’est vraiment génial d’avoir ces opportunités, de pouvoir découvrir la réalité des habitants des pays que nous traversons, aussi divers soient-ils. C’est vraiment la façon de voyager que nous aimons. Le lendemain, nous repartirons avec un sachet de biscuits au miel et une tablette de chocolat : nous sommes invités et en plus nous repartons avec des cadeaux !
Enfin, enfin ! Nous arrivons, au terme d’une journée un peu longue, à Puerto Montt. L’entrée dans une grande ville nous fait l’effet d’une petite claque, nous n’en avons pas traversé depuis Salta, soit depuis fin novembre. Nous allons y rester plusieurs jours car nous avons plusieurs choses à y faire, notamment du shopping (joie, félicité !) pour acheter quelques vêtements (il paraît que les enfants, ça grandit), récupérer les cours des filles que la douane a aimablement laissés passer après plus d’un mois de suspens, réparer une roue du vélo de Sofia qui casse des rayons à qui mieux-mieux, etc. ! Et pour la suite ? Au prochain épisode bien sûr !
Encart spécial Marie :
Je voudrais dédier cet article à la mémoire de mon papi André Sansonetti, qui nous a quitté le 27 janvier dernier. J’ai eu la chance de partager beaucoup de beaux et bons moments avec lui. Il fait partie des personnes qui ont éveillé ma curiosité étant enfant, des visites de musées, aux vacances thème Préhistoire en Dordogne, en passant par nos longues discussions sur le sens de la vie sous la voûte étoilée la nuit à Noirmoutier, allongés sur des transats. J’aime à penser qu’il est en partie responsable de mon envie d’aller voir plus loin ce qui s’y passe. Perdre un proche et être loin, c’est quelque chose.























































