L'odyssée sud-brésilienne

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Durant ce voyage, les étapes se suivent mais ne se ressemblent pas ! Après les hauts cols péruviens, l’altiplano bolivien, le désert nord-argentin, les montagnes verdoyantes de la Patagonie chilienne, la campagne tropicale du Paraguay, nous ouvrons une nouvelle page de notre périple en pédalant sur la côte Atlantique au Brésil. De nouveau, nous changeons totalement de paysages, et c’est génial ! Depuis notre étape à Florianopolis, nous venons de vivre trois semaines exceptionnelles dans un environnement auquel on ne s’attendait pas du tout (d’où l’intérêt de ne rien préparer…) ! Marie, qui a étudié pendant un semestre à l’université de Curitiba dans l’état du Parana, connaissait un peu la région et avait un peu peur que nous nous retrouvions beaucoup en milieu urbain. C’est tout le contraire qui s’est passé car nous n’avons roulé presque que sur des pistes et n’avons traversé que de petites villes, des villages, voire des communautés isolées au milieu de la mangrove accessibles uniquement par bateau !

Tout commence à Joinville où nous récupérons nos vélos et partons le 1er juin. Il fait beau, la température est parfaite, tout le monde est super excité à l’idée de reprendre la route : l’itinéraire sera-t-il agréable ? Les brésiliens seront-ils aussi chaleureux que leurs voisins sud-américains ? La caïpirinha sera-t-elle fraîche ? Bref, autant d’interrogations existentielles qui nous animent. L’enthousiasme est au rendez-vous ! Première étape : sortir de cette grande ville. Nous faisons deux ou trois petits arrêts pour faire un peu de ravitaillement, passer chez Décathlon (oui, Décathlon !), réparer la chaîne du vélo de Nahuel, acheter de quoi grignoter pour le déjeuner, etc. Les reprises après plusieurs jours de pause prennent toujours un peu plus de temps. Et c’est parti ! La sortie de la ville se fait on ne peut plus simplement car il y a plein de pistes cyclables physiquement séparées du reste de la route. Le trafic est correct, il faut faire attention aux intersections, mais c’est vraiment facile. Sur notre trajet, nous nous mêlons au flot immense de cyclos en bleu de travail à l’approche d’une usine. Certains arrivent, d’autres finissent leur journée, mais en tout cas, c’est plutôt vélo pour les ouvriers et grosses bagnoles rutilantes pour les autres par ici. Nous contournons l’aéroport de la ville et nous retrouvons presque d’un coup d’un seul à la campagne. Le paysage s’ouvre au bord de la route, ça fait du bien ! Arrivés au bout de la route, une seule option pour continuer : il faut prendre le bac pour traverser sur l’autre rive. On aurait pu se contenter de prendre plein nord depuis le centre de Joinville, mais on avait envie de s’éloigner le plus possible des grands axes pour retrouver la piste. Nous voilà donc de l’autre côté du Rio Palmital grâce à cette rapide liaison par bateau, premier d’une longue série.

Au bout de quelques kilomètres, on s’engage sur une petite piste tranquille qui longe les montagnes voisines en filant vers le nord, et qui dessert plusieurs communautés indigènes. Comme au Paraguay, il s’agit ici encore de guaranis. La végétation est dense, il n’y a que très peu de circulation sur cette route, c’est agréable. Pour cette journée de reprise, on a hâte de ressortir les tentes. Nous nous trouvons un petit terrain en face d’une maison, et, avec l’accord des propriétaires, on s’installe là pour la nuit. Les gens sont très accueillants, et même très prévenants car une fois la nuit tombée et les moustiques de sortie, le monsieur nous sort une pleine brouette de petit bois pour faire un feu, ou plutôt de la fumée qui éloignera ces vampires ailés. Olivier, le chef cuistot officiel du voyage, nous a encore concocté de délicieux mbéjus, sa technique se perfectionne. Il fait bon, le concert nocturne des animaux de la forêt a commencé, on est bien ! Pour les jours qui suivent, nous avons décidé d’emprunter une petite piste qui se faufile entre deux massifs montagneux qui sont deux parcs nationaux. Après un passage express dans la petite ville de Garuva, nous passons une bonne journée et demi entre champs de bananiers et champs de palme : ce n’est pas très varié mais avec les montagnes recouvertes par la forêt en arrière-plan, c’est plutôt joli ! Çà et là, nous voyons sur le bord de la route les baraquements où vivent les ouvriers agricoles, et leurs familles, qui travaillent dans ces plantations. Le quotidien de ces personnes doit être rude, leur lieu de vie est plus que sommaire et le confort ici paraît inexistant. L’atmosphère est saturée d’humidité, et encore, nous ne sommes pas à la saison la plus chaude…

Le temps se gâte, nous pédalons sous la pluie. Ce n’est pas évident, rien ne sèche, la piste n’est pas terrible et colle un peu aux roues. Dans une ligne droite, un camion que nous croisons décide d’accélérer au niveau de Marie… en roulant dans une énorme flaque. Elle se retrouve trempée d’une bonne boue des pieds à la tête, tout est repeint, même ses sacoches. Heureusement, le paysage dans lequel nous évoluons reste joli malgré la météo maussade. Et de nouveau, nous vérifions le proverbe maintes fois éprouvé : une journée moyenne se termine toujours très bien. Cette fois-ci, ce sera grâce à Léa et Zico chez qui Nahuel et Olivier font notre première demande d’hospitalité à l’improviste, en en portugnol por favor. Pour une première au Brésil, nous ne sommes pas déçus ! Nous sommes reçus tellement gentiment, avec beaucoup de simplicité, comme si nous étions de vieux amis. Léa est extrêmement prévenante : initialement, nous avions demandé l’autorisation de planter la tente dans le jardin. Mais comme il pleut de plus belle, Léa nous offre de dormir à l’intérieur de leur petite maison de vacances, qui n’est pourtant pas immense. Alors, elle installe des matelas dans le salon pour les enfants et nous, adultes, avons même un lit double dans une chambre. Léa s’inquiète de tout : « Avez-vous des serviettes ? Du savon ? Avez-vous assez de couvertures ? De nourriture ? Les enfants sont bien installées ? ». Nous papotons une bonne partie de la soirée, Léa et Zico nous redisent combien ils sont contents de nous recevoir. C’est génial !

Le lendemain, nous devons passer par un petit col. Rien de méchant, on monte jusqu’à 400 mètres depuis le niveau de la mer. Sur quelques kilomètres, il n’y a plus de présence humaine à part la piste. Nous évoluons au cœur de la Mata Atlantica, encore appelée forêt atlantique. Cette forêt tropicale humide, dont nous vous avons parlé dans un précédent article, s’étire le long du littoral brésilien, mais aussi au Paraguay et dans le Nord-argentin. Déforestation, urbanisation intense, etc. en quelques dizaines d’années, sa superficie a été réduite à 7,3 % de sa superficie initiale ! Ce triste chiffre en fait une des forêts tropicales les plus menacées au monde. Pourtant, elle abrite une biodiversité exceptionnellement dense. Séparée géographiquement des autres forêts d’Amérique du Sud, elle a des taux d’endémisme animal et végétal très élevés. On arrive à y apercevoir pas mal d’oiseaux, mais nous ne sommes pas assez discrets et nous ne nous éloignons pas assez des routes pour pouvoir observer beaucoup d’animaux. Il y a également des jaguars qui se baladent dans la région ! Le passage du petit col, intense, se fait donc au beau milieu d’une forêt touffue et dense. Nous arrivons à boucler dans la journée un bel itinéraire de 42 km, et arrivons à Porto de Cima à côté de la ville de Morretes.

Nous y avons rendez-vous avec Priscila et Zé, une autre famille de cyclo-voyageurs. Sans les avoir jamais rencontré, on peut dire que nous avons croisé leur route un paquet de fois depuis le début de notre voyage. Il faut dire que la mode, en Amérique du Sud, est que chaque voyageur (à pied, en moto, à vélo et autres) colle sur toutes les surfaces planes disponibles des stickers avec le logo de son périple. Il y a deux ans, Zé et Priscila ont fait un voyage de dix mois avec leurs trois enfants du Pérou jusqu’à Ushuaia. Dans les Andes, c’était donc devenu un jeu pour nous de trouver leur logo un peu partout (resto de bord de route, panneaux de signalisations, etc). En se rendant compte qu’ils habitent au Brésil, nous avons eu envie de les rencontrer en chair et en os. Ne pouvant pas nous héberger dans leur maison, nous nous installons au petit camping à côté de chez eux. Mais nous avons eu l’occasion de partager de bons moments en papotant de beaucoup de choses, et notamment de partager nos expériences respectives sur cet immense espace de liberté qu’est le voyage à vélo.

Nous voulions profiter de la magnifique chaîne de montagne au pied de laquelle nous nous trouvons, et dans laquelle Marie a déjà eu la chance de randonner. Manque de bol, Olivier déclare une petite gastro qui le cloue au lit pendant deux jours. Heureusement, au troisième jour, il reprend du poil de la bête. Nous pensions reprendre la route, mais c’est trop bête de ne pas avoir fait une balade dans ce superbe massif. Nous restons une journée de plus et montons visiter la Cachoiera dos Macacos (la cascade des singes), une randonnée haute en couleur. On va être tranquille : il faut s’inscrire avant 9h00 dans le registre des gardes-forestiers pour pouvoir s’engager sur le chemin. Il est 9h10, le garde-forestier nous laisse gentiment passer, personne ne s’est engagé avant nous, il n’y aura pas foule ! Ça commence par la traversée à gué de deux rivières, puis nous nous enfonçons dans une forêt exubérante : la végétation est très dense, les racines immenses nous servent d’escaliers, nous avons l’impression de nous faire avaler par la forêt. Nous pourrons nous baigner à l’arrivée dans un bassin au pied d’une immense cascade avec vue sur montagne. La redescente était épique avec une chute d’Alicia et Nahuel qui a failli laisser partir ses chaussures dans le courant !

Zé et Priscila connaissent bien leur région, ils nous suggèrent un itinéraire très différent de la route que nous pensions emprunter. Parfait, on adore ce genre de changement de plan de dernière minute ! Ce qu’ils décrivent nous met l’eau à la bouche, et on ne va pas être déçu : pour atteindre le littoral, il nous faut contourner la baie de Paranagua, soit par la route d’asphalte au sud (ennui mortel !), soit par la piste au nord. Haha ! Vous commencez à nous connaître, bien sûr que nous avons pris la piste ! Et c’est reparti pour trois jours dans les cailloux ! Les enfants ont vraiment de la ressource : on ne monte jamais beaucoup mais c’est une succession de petites montagnes russes, avec notamment deux belles montées. La piste est en moyenne plutôt bonne, bien roulable. Non seulement les enfants sont motivés et y prennent du plaisir, mais ils suivent bien en termes de physique. La « petite-grande » Sofia a tellement progressé pendant ce voyage, elle grimpe maintenant vaillamment les côtes sur son petit vélo 20 pouces, et n’hésite pas à se mettre en danseuse quand ça devient du sérieux. C’est une telle fierté de les voir grandir et prendre en assurance comme ça !

Antonina, Lajeado, Potinga, Tagaçaba… les petits villages s’égrènent le long de la piste. Mais de nouveau, nous avançons sur une route assez isolée dans la forêt. C’est très tranquille car le trafic routier est vraiment faible. Nous rencontrons des soucis avec le pneu arrière de Nahuel qui crève à répétition, c’est très pénible. À chaque nouvelle crevaison, pas de corps étranger dans le pneu, la valve est bien en place, nous avons du mal à trouver la fuite. C’est pénible de perdre tout ce temps mais cela nous permet de mesurer la chance que nous avons de voyager avec un matériel fiable… du moins la plupart du temps ! Au bout de quelques sessions de montage / démontage au bord de la piste, nous finissons par localiser le problème : le fond de jante est vraiment mal en point et entame légèrement mais juste ce qu’il faut la chambre à air pour y faire un tout petit trou. Après bricolage d’un nouveau fond de jante (en chambre à air + scotch évidemment, MacGyver peut aller se rhabiller), nous ne sommes plus embêtés.

Nous arrivons, trois jours après notre départ de Morretes, à Guaraqueçaba. Nous y entrons par une petite route qui serpente entre les maisons de pêcheurs sur le front de mer. C’est magnifique ! Nous avons de nouveau rendez-vous, cette fois avec Luis. Nous nous sommes croisés sur la piste il y a deux jours, de nuit. Lui était en voiture, s’est à peine arrêté deux minutes mais a trouvé le temps de se dire que ça pourrait être chouette d’avoir une invasion de français dans sa maison. Arrivés sur place, l’invitation tient toujours. Et encore une fois, quand les brésiliens invitent, ce n’est pas pour rien. Chez Luis et Karina, nous sommes reçus comme des rois : une chambre pour nous, une chambre pour les enfants, nous sommes invités à dîner et nous passons une super soirée en leur compagnie, on rigole bien. Luis, que tout le monde connaît ici sous le surnom du polonais, est en fait descendant d’immigrés italiens. Il a un atelier automobile, aime les armes à feu et les poignards, s’est construit une cabane dans les bois et chasse du beau gibier. C’est un sacré personnage, il est adorable mais on sent qu’il ne faut pas trop trop l’énerver. En comparaison, Karina, qui bosse à l’hôpital, est douce et très posée. Ils forment vraiment un duo étonnant. Merci à eux pour leur accueil chaleureux !

Bravo à ceux qui sont toujours là, on a vraiment trop de choses à vous raconter sur ces trois dernières semaines ! Pour la suite, munissez-vous d’une carte ou prévoyez d’aller faire un tour sur la page itinéraire, c’est plus facile à suivre !

Jusqu’ici, la piste était déjà pas mal hors des sentiers battus. À partir de Guaraqueçaba, c’est vraiment l’aventure : il n’y aura carrément ni route ni pistes pendant des dizaines de kilomètres. En effet, cette partie du littoral est extrêmement découpée. C’est une succession d’îles aux formes très allongées et séparées par de touts petits bras de mer et des mangroves épaisses. Nous vous invitons à prendre le temps d’observer cette partie du littoral brésilien sur une carte, c’est très intéressant. Cet écosystème exceptionnel est heureusement très protégé, notamment par le parc national Superagui. Ses habitants possèdent une culture propre et forte : la culture Caiçara, issue du métissage entre les peuples autochtones Guarani, africains et portugais. Ils dépendent étroitement de la mer, la pèche a une place prépondérante dans leurs activités. Ils ont aussi une culture artistique et musicales qui leur est propre. Et en ce qui concerne les déplacements, ça va être du bricolage pour nous car il va nous falloir rouler sur la plage aux horaires favorables en termes de marée, et trouver des gens pour nous emmener en bateau pour les tronçons infranchissables par la terre. Oh que ça va être sympa !!!

Premier tronçon en bateau : Guaraqueçaba – Superagui. Nous cherchons à atteindre la pointe sud du parc national pour remonter ensuite vers le nord par la plage. On trouve Marcio, qui nous embarque tout notre matériel dans son petit bateau et nous avec. Quinze minutes avant l’embarquement, il pleuvait des seaux d’eau, il aura suffi d’un souffle d’air pour que, comme par magie, le soleil sorte éclatant de derrière les nuages au moment de monter à bord. Nous filons au départ dans un labyrinthe de mangrove, accompagnés par de nombreux ibis rouges magnifiques. Il faut connaître pour naviguer par ici ! Puis, le canal s’élargit et nous arrivons devant une sorte de passe : c’est Barra de Superagui. Au loin, nous distinguons les moutons d’écume sur la mer ouverte. Ici, c’est protégé, les bateaux sont tous à l’ancre devant la plage, il n’y a aucune digue pour mettre les bateaux à l’abri, c’est étonnant !

Nous débarquons toutes les affaires à la sauvage, directement sur la plage et dégottons rapidement un petit camping où nous installer. C’est la saison basse, très basse, peu de lieux sont ouverts pour accueillir les touristes de passage. Il faut vraiment imaginer un tout village, installé le long de la plage, ni rue ni infrastructure, juste des sentiers de sable entre les maisons. C’est très paisible ! Nous frappons par hasard au petit camping d’Adriano. Il n’est pas officiellement ouvert, mais nous propose de nous recevoir avec plaisir. Il est vraiment adorable, il nous offre même de “camper” dans sa maison en construction car demain, nous devons partir aux aurores pour être avec la marée. Moins nous aurons de choses à ranger, plus nous serons efficaces. Nous passons un superbe après-midi à la plage, les enfants se baignent avec des dauphins tout près d’eux (mais où s’arrête l’extraordinaire par ici ??). C’est vraiment génial car il n’y a absolument aucun touriste, nous avons l’impression d’être plongés dans une photographie, ou un tableau : les gens vaquent à leurs occupations, des pêcheurs rentrent, d’autres entretiennent leur embarcation. Nous sommes en contemplation. Le soir, nous passons pas mal de temps à papoter avec Adriano, puis nous rejoignons sa maman qui nous a invité à diner. Elle a perdu son mari il y a dix mois et nous raconte avec nostalgie mais un petit sourire aux lèvres ses souvenirs de camp de pêche, sous la tente pendant deux mois sur la plage, les trajets en bateau avec les enfants… C’est émouvant. Elle a passé sa journée debout à éplucher des crevettes (la pêche est bonne en ce moment), mais elle refusera tout net qu’on fasse la vaisselle. Pourtant, Olivier commence à la faire, mais c’est quand elle nous dit que c’est lui faire offense qu’il concède à arrêter. On ne rigole pas avec l’hospitalité au Brésil !

Étape suivante : atteindre Barra do Ararapira. Nous nous réveillons à 6h00 et réussissons l’exploit de lever le camp à 7h00 ! La basse mer est à 7h, on nous a dit que le sable était bien compact à marée basse mais bon, on préfère prendre de la marge ! Après avoir traversé trois kilomètres de forêt, nous arrivons sur la plage juste après le lever du soleil, l’ambiance est totalement magique ! La luminosité est encore basse, l’horizon et les montagnes là-bas, au loin, nimbés de brume, nous avons des kilomètres de plage absolument déserte pour nous tout seuls, vingt-et-un pour être plus précis. Nous sommes tous les cinq bouches-bées devant tant de beauté, c’est extraordinaire ! Le sable est effectivement bien compact, ça roule comme sur un tapis de billard (vous n’avez jamais essayé de faire du vélo sur une table de billard ?), et en plus, le vent se lève dans notre dos !

Nous avalons les 21 kilomètres en une bouchée et après une bonne baignade, nous devons quitter la plage qui se termine rapidement, suivre le petit chemin qui serpente dans la forêt basse. Nous atteignons Barra do Ararapira, village encore une fois uniquement accessible par la mer. C’est très très très calme. Notre prochaine étape consiste à rejoindre par bateau Maruja, d’où nous pourrons prendre un bateau de ligne régulière pour Cananeia (il faut suivre, on vous avait prévenu !). Le prochain bateau n’est pas avant mardi et nous sommes samedi. Nous préférons attendre tranquillement à Barra do Ararapira. Ça tombe bien, nous rencontrons Stéphane, cyclo-voyageur qui vient d’arriver en même temps que nous dans ce lieu isolé. Nous nous posons donc dans la petite pousada de Marcos pour faire une journée de pause. Nous voilà donc installés dans une sorte de petit paradis sans chichi face à une petite lagune au bout du monde. Les enfants passent pas mal de temps à pêcher depuis le bout du ponton (la canne à pêche chilienne sert enfin !) ou à chercher des petits crabes dans le sable. Nous échangeons longuement sur nos itinéraires avec Stéphane. Nahuel boucle son programme scolaire ! Nous avons l’impression d’être un peu dans une bulle hors du monde. Le temps semble s’être suspendu, nous dégustons chaque minute.

Étape suivante : nous prenons un autre petit bateau, trouvé via un contact d’un contact (c’est un peu d’organisation tout ça !) qui nous emmène sur l’île d’en face, à Maruja. Le temps se gâte, on fait le trajet en bateau sous la pluie, mais c’est l’aventure ! Le passage de la barre à l’entrée de la lagune est plus remuant car l’océan est agité et s’y engouffre avec force. Nous passons une petite nuit à Maruja, plus précisément installés dans les sanitaires du camping pour éviter d’avoir à démonter les tentes sous la pluie le lendemain, encore une petite communauté sans route au bord de la plage. Elle est installée côté lagune au calme, mais les petits chemins de sable qui quadrillent le village mène à la plage côté océan. Le lendemain matin, mardi, le bateau de ligne est à l’heure, encore un ! C’est une ligne affrétée par le gouvernement de l’état de Sao Paulo pour désenclaver le village. Ce dernier bateau circule au pied des montagnes dans le dédale des mangroves, et nous mène à petit train jusqu’à la ville de Cananeia. Nous n’y restons que le temps de faire quelques courses et de déjeuner, puis nous traversons pour la dernière fois un bras de mer à bord d’un bac gratuit qui fait la liaison 24h/24 avec Boqueirao Sul. A ce stade, après deux bateaux privés, un bateau de ligne et un bac, des kilomètres de plage, le passage sur plusieurs îles et des kilomètres de mangroves traversés, nous sommes bien remontés vers le nord. Nous voici donc à l’extrême sud de l’état de Sao Paulo !

Nous sommes moins isolés ici car il existe une piste qui dessert Cananeai, mais on est encore un peu au bout du monde. On sait qu’on arrive bientôt au bout de cette région hors-norme, alors on profite à fond ! Après une bonne nuit de repos dans un petit camping au bord de la plage où encore une fois nous sommes les seuls touristes, nous reprenons la route plage. La marée s’est décalée, pas besoin de partir à l’aube. Le plaisir est le même qu’il y a quelques jours, c’est incroyable, quelle sensation de liberté !! Nous choisissons de faire une petite journée pour nous offrir, sur les conseils de Stéphane, une balade en bateau (on n’en a pas marre) mais cette fois uniquement pour observer la faune locale. Au coucher du soleil, nous sommes seuls sur le plan d’eau. La magie continue : des dauphins tournent autour du bateau, nous avons le temps d’admirer leur ballet tranquillement. Puis nous allons observer une île de mangrove sur laquelle une population d’ibis rouge se rejoint chaque soir pour être en sécurité pour la nuit. Ces oiseaux emblématiques de la région sont magnifiques, d’une couleur écarlate surréaliste qui tranche net sur le vert et le bleu ambiant ! Leurs poussins naissent marrons, mais ils se nourrissent de petits crabes de vase qui finissent par donner cette couleur éclatante à leur plumage.

La dernière journée de cette étape inoubliable se déroule sur la plage, dans le même climat de contemplation que toutes ces journées incroyables. Tour à tour, les enfants papotent ou rêvent sur leurs vélos. Nahuel fait des kilomètres supplémentaires pour trouver de jolis coquillages. Nous pourrions emprunter la route, mais nous avons beaucoup de plaisir à rouler de front sur cette large bande de sable, ensemble. L’arrivée à Ilha Comprida marque la fin de ce tronçon incroyable, encore un ! Merci à Priscila et Zé pour leurs précieux conseils pour l’itinéraire, nous étions partis pour faire complètement autre chose, mais ne regrettons pas de vous avoir écouté. C’était une sacrée logistique aussi bien en termes de ravitaillement, que pour les bateaux mais ça en valait la peine, largement. Il est difficile de retranscrire le calme, l’isolement, la contemplation, presque en lévitation, cette sensation de bout du monde, la joie profonde que nous avons ressentie. Devant toute cette beauté, il nous est arrivé plusieurs fois de rester tous silencieux, côte à côte sans bouger, hypnotisés. Ces moments-là n’ont pas de prix, ce sont des moments d’extase et de communion extraordinaires, avec ce qui nous entoure mais aussi entre nous.

Nous sommes retournés à un environnement un peu moins sauvage, mais pas à regret car la remontée vers Rio de Janeiro sera certainement très belle aussi. Les filles vont bientôt faire leurs dernières évaluations scolaires, après on sera sur un rythme scolaire de révision beaucoup plus tranquille. Nous avons déjà parcouru plus de 5000 kilomètres, il nous en reste 700 avant de repartir vers l’Europe, alors on va tâcher d’en profiter absolument chaque seconde. Ça ne devrait pas être compliqué. A très vite pour la suite, dans un prochain épisode !

Généré avec Hugo
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