Opération Escargot

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Que le temps passe vite au Chili ! Difficile de croire qu’il y a déjà trois semaines que nous avons publié notre dernier article. La région des lacs et des rios agit comme un trou noir sur nous : elle nous a absorbé, le temps semble s’y dilater et c’est à croire que nous n’arriverons pas à en sortir… Ici, tout invite à prendre son temps ! Les pistes de ripio sont si pentues et si difficiles, mais elles nous permettent d’accéder à des paysages toujours plus extraordinaires et des rencontres inoubliables ! Nous aurions pu aller clairement plus vite, mais nous avons choisi de zigzaguer au gré de nos envies et des suggestions qui nous sont faites par les locaux. Notre itinéraire depuis le passage de la frontière entre Argentine et Chili ressemble d’ailleurs un grand serpent qui se glisse entre les différents volcans que nous côtoyons : le Llaima, le Villarica, le Mocho-Choshuenco, et bientôt l’Osorno.

Après notre chouette pause à Currarehue pour Noël, nous repartons reposés et motivés. Nous avons décrété une trêve de Noël d’une semaine pour les leçons, ce sont les vaaaaacances (pour les enfants comme pour les parents) ! Le jour de notre départ, il pleut. Difficile de s’extraire de notre douillet cocon chauffé pour se retrouver sous la pluie ! Heureusement, le soleil revient rapidement pour nous sécher, mais l’avantage c’est que l’eau a collé la poussière sur la piste sur laquelle nous nous engageons ! Plutôt que de passer par Pucon et Villarica qui sont de gros pôles touristiques, pleins en cette époque de fête, nous choisissons de rester plus au calme dans les montagnes. On préfère, en sachant très bien dans quoi on s’embarque : ne pas se simplifier la tâche car une piste apparemment ardue nous attend. La récompense étant d’évoluer dans des paysages à couper le souffle. Le plan pour les trois prochains jours est de couper directement par les pentes du volcan Villarica pour arriver à Conaripe sans faire le tour du massif. Le départ de la piste est facile en comparaison avec ce que nous avons parcouru avant Curarrehue, la pente n’est pas trop forte. Et heureusement, car depuis Curarrehue Sofia a décidé d’être autonome, elle en a marre de rouler accrochée au Followme derrière un de ses parents !

Le deuxième jour, ça se corse, et pas qu’un peu. Heureusement, les conditions sont idéales : pas de pluie et une ombre continue prodiguée par l’épaisse forêt qui nous entoure. Nous progressons, entrons dans le Parc National Villarica, et rapidement, on se rend compte qu’on va vraiment en baver ! A peine les limites du parc franchies, l’état de la piste se… comment dire… devient du grand n’importe quoi. Grosses caillasses, ornières, pentes fortes, il y en a pour tous les goûts. Une voiture arrive derrière nous, c’est le couple d’Autrichiens qui nous avait donné un panneau solaire il y a deux semaines !! Ils n’en croient pas leurs yeux de nous revoir ici : « Comment avez-vous fait pour vous perdre par ici ??", et proposent aux enfants de les monter avec leurs vélos dans leur énorme 4 × 4 sur trois kilomètres, jusqu’au point de départ de leur randonnée. Évidemment, les enfants en profitent et les parents suivent à vélo ! Puis, après avoir récupéré les enfants, nous repassons en mode « pousse-pousse », impossible d’avancer en pédalant. Chacun fait sa part pour franchir ce volcan, mais c’est long. Patiemment, chacun pousse un vélo puis redescend pour aller en remonter un autre. Même pour nous, adultes, c’est chaud ! Mais pour notre grand bonheur, non seulement les enfants n’ont pas l’air d’en souffrir, mais en plus ça les fait plutôt rigoler. Nous battons notre record de lenteur : dix kilomètres parcourus en cinq heures et demi au plus fort de la pente (record qui sera explosé quelques jours plus tard… amateurs de défis que nous sommes) ! Pour résumer, citons Nahuel qui nous adresse, avec un sourire jusqu’aux oreilles : « C’est sûr que c’est ma montée préférée de tout le voyage ! »

Et finalement, nous atteignons une sorte de petit col où la pente bascule dans l’autre sens, toujours aussi forte et toujours avec autant de cailloux qui rendent la descente fastidieuse et très glissante. Nous progressons encore lentement. Mais à peine le col passé, la végétation change radicalement : nous entrons dans une forêt primaire d’araucarias gigantesques et millénaires. C’est magnifique, intimidant, nous progressons parmi les géants. Ces troncs immenses, ces houppiers si particuliers, ces écorces aux “écailles” gigantesques, incroyable ! Une atmosphère particulière se dégage du lieu, c’est très paisible. Nous prenons le temps de nous reposer au pied d’un des plus grands araucaria, pour le simple plaisir de sentir sa présence, allongés à son pied. Son âge est estimé à 1200 ans. Encore une fois, nous sommes seuls, c’est un vrai plaisir. À la fin de la journée, nous avons réussi à traverser le parc national ! La journée a été éprouvante physiquement, nous n’avons même pas pris le temps de déjeuner, nous avons fait des pauses casse-croûte fruits secs. Nous nous jetons que quelques patisseries maison vendues par le camping (alfajores et consorts) puis enchaînons sur un gros plat de pâtes-courgettes-oignons, que nous partageons avec un couple de cyclos allemands.

Nous terminons la descente le lendemain et arrivons à Conaripe pour le déjeuner, juste à temps pour dévorer une grosse chorillana (plat typique chilien fin et délicat, à base d’un gros tas de frites, de viande – bœuf et poulet – et d’œufs). Nous plantons la tente dans un petit camping au bord du lac et c’est la course pour être le premier à se plonger avec délice dans ses eaux fraîches. Puis c’est fin de journée pizza (mangez bougez, cinq fruits et légumes par jour, tout ça tout ça…) sur la plage et coucher de soleil sur le lac, avec en bonus le Villarica dont la neige s’illumine d’orange et de rouge. Après tous ces efforts, le moment est encore plus délicieux !

Le jour suivant, après un bivouac au bord de la rivière, nous reprenons la route vers le sud-est. Objectif, le lac Neltume ! Un peu d’asphalte, encore quelques belles pentes, puis nous retrouvons la piste, et… encore des pentes ! Nous nous faisons dépasser par plusieurs cyclos qui vont tous beaucoup plus vite que nous. Nous atteignons le lac Neltume le jour d’après et nous nous arrêtons sur ses rives pour pique-niquer puis reprenons la route… pour 2 kilomètres à peine. Jusqu’au moment où nous voyons rentrer un fourgon de voyageurs derrière une grille et avons le temps de voir in extremis qu’il s’agit d’une plaque française ! Nahuel est super content, nous nous engageons dans ce qui s’avère être un petit camping à la poursuite du fourgon. Coup de bol, c’est une famille avec trois enfants quasiment dans les âges des nôtres ! C’est décidé, on s’arrête avec eux pour passer le Nouvel An. On n’avance vraiment pas vite ! Mais cette pause est bienvenue, Nahuel, Alicia et Sofia sont ravis de passer du temps avec d’autres enfants. Au programme : baignade, jeux, papotage, bronzage, le 31, on ne les voit pas de la journée… Sauf pour l’apéro évidemment !

Le 1ᵉʳ janvier, nous nous dirigeons vers Choshuenco : le Père Noël nous a offert une descente en rafting ! Le 2 au matin, nous nous élançons donc sur le rio Fuy, dans sa partie la plus calme, jeunes enfants oblige. C’est une super expérience, l’eau est glaciale mais limpide, le décor environnant superbe avec le Mocho-Chochuenco qui nous domine de toute sa hauteur. Oscar, qui nous accompagne, met de l’ambiance, c’est l’aventure ! Tout le monde s’amuse, c’est top !

Pour la suite, nous savons que du dénivelé nous attend. Pas de bol, les prévisions météos annoncent une vague de chaleur les deux jours à venir ! Ce ne serait pas raisonnable de partir sous 34 degrés à l’ombre, le départ est reporté, et hop on se reprend deux jours dans la vue ! Nous sommes leeeeeents, probablement les cyclos les plus lents du continent. Mais qu’est-ce qu’on profite ! Enfin, quand nous pouvons repartir, nous battons à nouveau notre record de lenteur. Nous atteignons le lac Rinihue, que nous allons contourner par le sud sur une piste ouverte il y a seulement quelques mois ! Elle est encore en partie en travaux et à un certain point, ils ont dû littéralement tailler dans la montagne pour faire passer la piste. Nous nous retrouvons de nouveau face à un mur. 1,5 kilomètres parcouru en 1 heure, et sans pause ! Bim ! Et que fait-on quand c’est raide ? On pousse !!! Mais la vue sur le lac et ses eaux aux multiples nuances de bleu est incroyable et nous récompense largement !

Le soir, à la recherche d’un endroit où planter la tente, Olivier et les enfants frappent à la porte d’une maison au bord du lac. Pia et Ivan nous accueillent à bras ouverts, non pas dans le jardin, mais ils nous proposent de dormir DANS la maison. Merci à eux ! Et quelle maison !!! Cet endroit est fou : il s’agit d’une villa parmi les 21 que compte la propriété, qui appartient à… une seule famille. Villas, club-house, plages privées (oui vous avez bien vu le pluriel), magnifiques jardins paysagés. C’est complètement dingue ! La terrasse de la maison surplombe le lac, avec vue directe sur le volcan Choshuenco et ses glaciers. Nous pourrions rester des heures à contempler le panorama depuis la terrasse… Et ça tombe bien : Pia nous propose de rester une semaine si cela nous tente. Aaaaaaah ! Mais la région toute entière s’est liguée pour que nous passions le plus de temps possible par ici ! Même si le lieu est extraordinaire, d’autres lieux extraordinaires nous attendent : nous déclinons partiellement l’invitation et ne restons « qu’une » journée, ce qui est déjà génial. Balade, baignade, lecture, crêpes et… leçons ! Car les vacances de Noël on pris fin, pour le plus grand plaisir des enfants évidemment ! Le lac Rinihue est décidément très préservé, et jalousement gardé par quelques privilégiés qui ont la chance d’y posséder des villas sur ses rives, voir carrément des pans entiers de montagne, c’est assez étonnant.

Re-départ, faux-départ : au moment de quitter Pia le lendemain, Olivier se rend compte que son cadre est cassé ! Une soudure a lâché au niveau du triangle arrière, aïe ! Mais encore une fois, la chance nous sourit : nous sommes à 15 mètres de la maison de Christian et de son poste à souder. Très gentiment, il nous propose de nous aider, et en 20 minutes, le problème (qui n’aura pas été un problème très longtemps) est réglé ! Nous profitons d’un dernier tronçon de ripio en passant de nouveau sur une petite piste, avant de retrouver l’asphalte et des routes plus passantes pendant quelque temps. La suite du trajet jusqu’à Futrono se passe aussi bien. Il nous faut trois jours pour rallier cette petite ville et son lac, le troisième plus grand du Chili. Toujours des cailloux, toujours des bonnes pentes, toujours une vitesse disons… modérée ! Nous rencontrons en chemin des huasos, des cow-boys chiliens, en pleine séance de dressage avec les chevaux. Très gentiment, ils proposent aux enfants de monter sur les chevaux et de nous faire visiter l’écurie. Alicia et Sofia sont bien sûr aux anges ! Nous comprenons rapidement que nous sommes sur un autre immense domaine, sur lequel les propriétaires possèdent cette écurie de seize chevaux de race et emploient quatre personnes à plein temps pour élever et travailler avec ces animaux… pour participer à des concours de rodéo. Voilà voilà, pour un hobby quoi ! On sent quand même depuis quelques jours qu’il y a quelques personnes fortunées dans le coin.

Arrivés à Futrono, nous hésitons à faire le tour d’un petit lac voisin pour tenter de passer de nouveau par une petite piste, même si nous n’arrivons pas à trouver d’infos sur la-dite piste qui n’existe que sur une seule de nos cartes. Bon on verra bien, on replie les tentes, on charge tout et c’est parti ! Nous sommes enthousiastes de retrouver du goudron bien lisse sur lequel nous pouvons rouler à plus de 10 km/h. Très enthousiastes ! Trop enthousiastes ?? Dans une belle descente précédent une petite montée, tout le monde prend son élan. Sofia perd le contrôle de son vélo alors qu’elle est lancée à pleine vitesse, et la pauvre est projetée sur la route sur laquelle elle finit en ventriglisse… mais sur du goudron ! Petit moment de panique, on met tout le monde en sécurité sur le bord de la route, mais la pauvre Sofia est en sang. Heureusement, les Chiliens sont vraiment adorables. Tout de suite, plusieurs voitures s’arrêtent et nous proposent de l’aide. Sans rien avoir à demander, Marie et Sofia sont emmenées à l’hôpital le plus proche et une autre personne ramène Olivier, Nahuel, Alicia et les cinq vélos à notre point de départ : le camping de Futrono. Plus de peur que de mal ! Sofia s’est bien amochée les coudes, les genoux, les mains et le visage, mais rien de grave, ouf ! Pas de traumatisme crânien (merci le casque !!), pas de membres cassés, “seulement” des belles plaies, mais c’était rassurant de voir un médecin qui a pu surveiller, nettoyer et désinfecter tout ça.

Nous sommes donc actuellement à Futrono, où Sofia reprend du poil de la bête et cicatrise tranquillement. Nous avons la chance, encore une fois, d’être tombés sur des gens adorables, Pamela et Henry, qui nous hébergent dans une jolie maison au bord du lac le temps que Sofia soit prête à repartir et nous payent des coups jusqu’à 2 heures du matin ! Encore une fois… on prend notre temps !

Et la suite ? Ça, c’est pour un prochain épisode !

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