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mardi 21 mai 2013

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lundi 20 mai 2013

Un énorme merci à tous, famille et amis, pour votre présence samedi dernier. Ce retour au bercail était inoubliable et incroyable !! Merci !

lundi 22 avril 2013

 

Seattle - Ushuaïa : ça, c'est fait !

previewAprès un épisode tel que celui de la Carretera Austral, inutile de préciser que le choc frontal avec la civilisation est plutôt violent. Après de tels paysages, une telle tranquillité et une telle proximité avec la nature, l'arrivée dans une zone très touristique a un peu de mal à passer... En plus de cela, après des semaines dans un environnement plutôt boisé et humide (c'est peu de le dire), nous avons été en l'espace de quelques kilomètres projetés de nouveau dans ce décor de pampa si particulier. Au départ de El Chalten, nous nous demandions donc un peu à quelle sauce nous allions être mangés par cette impressionnante Patagonie argentine !

Dès le premier jour, nous sommes mis dans l'ambiance : un très fort vent souffle, nous savons que ce n'est que le début et qu'il faudra composer avec jusqu'à Ushuaia. Heureusement, il est pour le moment favorable : on sort de la ville à toute allure ! 10, 20, 30, 40 kilomètres par heure sans forcer. Les premiers 80 kilomètres sont engloutis avant qu'on ai eu le temps de dire "Ouf !". Facile. Mais Dame Nature est là pour calmer nos ardeurs... La route finit par malheureusement arriver à un carrefour, on tourne de 90° à droite, et PAF ! Gros vent de face. La claque est violente, l'ambiance redescend d'un cran dans le groupe. La résistance s'organise : on roule bien en file indienne, le meneur est remplacer régulièrement. Mais dans les têtes, chacun doit se battre à sa façon car il est peu dur de se dire qu'un tel vent, favorable ou pas, sera dorénavant notre lot quotidien. De notre expérience au Nord de l'Argentine et en Bolivie, nous avons compris que le vent peut vite devenir insupportable. Pas seulement à cause de l'effort décuplé qu'il nécessite, mais aussi par sa présence constante. Du lever au coucher, parfois pas de répit, il faut supporter son bruit et son contact. Marie est d'ailleurs devenue "vent-à-vélophobe".

Mais ce qui est bien dans les voyages à vélo, c'est que la plupart du temps, le proverbe suivant se vérifie : "Après chaque journée pourrie, une chouette soirée t'attend" (à quelques exceptions près certes). Mais ce soir là, c'est une rencontre du troisième type qui nous attend. Pour beaucoup, la Patagonie évoque les grands espaces libres et sauvages. Que nenni, ici tout est clôturé : la route est presque continuellement encadrée par deux rangées de fils de fer barbelés, ça fait moins rêver. Pour chercher un coin pour dormir, ce n'est vraiment pas l'idéal. Ce soir là, justement, c'est un peu la galère. Pas moyen de trouver un petit coin à l'abri du vent, le paysage est vraiment désert. La seule habitation vue en plus de cent kilomètres est un hôtel à 90 dollars la chambre. Gloups, non merci !

Mais au détour de la route, nous apercevons une forme saugrenue dans ces plaines vides : un observatoire astronomique se profile ! Nous sortons de la route, passons la barrière, qui d'ailleurs est ouverte, et suivons le petit chemin de terre qui y mène. Nous sommes plutôt content de notre trouvaille car le lieu est désaffecté, et nous allons pouvoir y passer la nuit bien à l'abri du vent. Seul hic, il y a une petite maison pas bien loin, on espère que la personne qui y vit nous laissera nous y installer... Lorsqu'il arrive à cheval, nous allons nous présenter en croisant les doigts. Et c'est là que nous rencontrons Ramon... De premier abord, rien de bien particulier en somme. Il paraît comme un petit papi bourru et sourd comme un pot, look gaucho avec la panoplie béret, botte de cuir et couteau, le bon fermier du coin quoi ! Mais en passant une partie de la soirée et de la matinée suivante en sa compagnie, nous comprenons vite que nous avons affaire à un sacré personnage. Ramon a 69 ans. Ramon est chef de clan Mapuche, clan qui porte son nom d'ailleurs. Ramon défend contre vents et marées, et surtout contre les grosses compagnies pétrolières toujours plus avides de pognon, les droits du peuple Mapuche. Ramon vit seul au milieu de la pampa avec ses nombreux chiens et chats. Ramon élève ses 18 cheveux et parcourt la pampa à cheval par toutes saisons. Ramon a aidé des paléontologues a extraire un squelette fossilisé de dinosaure des sables. Ramon chasse le guanuco (sorte de lama) et l'autruche à la boleadora. Bref, Ramon a pas mal d'histoires a raconter !

Tellement d'histoires qu'au matin, le moment du départ ne cesse d'être repoussé par le partage du maté, les articles de journaux et photos qu'il nous montre. Et, pas de bol, le vent tourne dans la matinée ! Un petit vent, ça nous irait à la limite, mais là, ça souffle pour de vrai. Le moral est bien bas car nous voulions à tout prix être à El Calafate le soir même pour enfin nous reposer. Après vingt kilomètres de lutte, Marie craque et entraîne dans son craquage Marie LEGO. Les filles se dégonflent, elles font du stop. Mais qu'est ce qu'on est mieux bien confortablement installé dans un bus ! Les garçons font alors entrer la testostérone en jeu : ils vont prouver à leurs dames que, eux, ils vont bien réussir à les manger tout cru ces 80 kilomètres restants face au vent ! Et c'est ce qu'ils font. Chapeau ! Ils nous retrouvent à 20h30, un peu fatigués, on peut le dire !

Le séjour à El Calafate se passe plutôt bien. Les LEGO, un peu plus pressés que nous, repartent courageusement dès le sur-lendemain. Nous avons le temps de nous payer un dîner sympa ensemble, et pfiout ! Ils sont déjà sur la route. On vous l'avait dit : ils ne s'arrêtent jamais ! La ville en soi n'a vraiment rien ni d'exceptionnel ni de sympa. Encore une de ces villes sans âme construites uniquement autour du tourisme. La rue principale ressemble à s'y méprendre à DisneyLand, tout est fait pour consommer, consommer, consommer ! Et si possible de l'inutile, du moche et du faux. Un vrai plaisir ! La ville est le point de passage obligatoire pour aller visiter le glacier Perito Moreno, magnifique, imposant et incroyablement accessible. Il est difficile de passer à côté de ce monument de la nature. Nous y avons donc été faire notre petit pèlerinage, et nous n'avons vraiment pas été déçus ! L'entrée du parc est chère, mais les infrastructures sont plutôt bien faites et, étonnamment, il n'y avait pas foule. Toute une série de passerelles permet de s'approcher au plus près du monstre, de l'admirer et d'entendre tous ses craquements torturés. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : plus de 15 kilomètres de longueur de glacier sont visibles, sur un front de 5 kilomètres, et une épaisseur variant entre 50 à 60 mètres. À son approche, on se sent tout petit, et fait curieux, la majorité des visiteurs parlent plus bas. Comme si sa présence imposait une sorte de respect silencieux. Nous sommes restés exactement quatre heures assis à la même place à admirer des blocs de glace de plusieurs mètres de haut s'écraser de toute leur hauteur dans les eaux du lac, formant des vagues puissantes. Un incroyable spectacle !

Après quelques jours, nous reprenons la route. Mais le temps nous manque pour arriver sereinement à la date fixée à Ushuaïa. Nous prenons donc un bus jusqu'à Rio Gallegos, puis un second vers Punta Arenas. Nous passons deux nuits dans cette ville à l'ambiance très portuaire. Puis, nous prenons un ferry qui, en nous faisant traverser le canal de Magellan, nous emmène à Porvenir, en Terre de Feu, bout du bout du monde ! Que de noms légendaires, on se croirait plongé dans un reportage de Thalassa ! Nous perdons une nouvelle fois l'asphalte, et le vent n'arrête pas de monter en puissance. Mais pour changer, nous l'avons quasiment dans le dos. C'est beaucoup plus sympa, mais il faut quand même être vigilant avec les fortes rafales ! Contre toute attente, la route est plutôt sympa le premier jour : un peu vallonnée, en bord de mer, avec de moutons partout. Nous croisons de ci de là quelques estancias (fermes immenses), et quelques baraquements de pêcheurs. Mais dans quelles conditions vivent ces gens ?? Ils sont tellement isolés de tout, il faut aimer le calme et la solitude...

Le soir, nous n'avons vraiment pas envie de dormir en plein vent et demandons l'hospitalité à une estancia. Le propriétaire n'est pas là, c'est un employé qui nous accueille. Il nous explique que son patron ne veut pas d'étrangers chez lui, mais, sachant qu'il ne rentre pas avant plusieurs jours et ne voulant pas nous laisser dehors par ce vent, il nous fait entrer. C'est royal, nous pouvons rentrer nos vélos, nous avons un lit pour dormir ce soir, un endroit chaud pour se cacher du vent, de l'eau potable, et quelqu'un à rencontrer. Ce monsieur (dont nous avons malheureusement oublié le prénom...) a eu un accident qui l'a rendu presque sourd et l'a obligé à réapprendre à parler. La communication n'est pas pas facile mais il est touchant : son handicap l'a rendu très peu sûr de lui, et il ose à peine nous parler de peur de nous mettre tous dans l'embarras... Il travaille en compagnie d'une seule autre personne, absente pour le moment. L'ennui transparaît dans chaque recoin de cette cuisine où, seul, il fixe pendant des heures l'horizon. Comme si cela ne suffisait pas, quand le proprio n'est pas là, il coupe l'électricité, lui laissant pour s'éclairer une lampe à gaz. Sympa comme patron, non ?

Le lendemain, dernière journée de vélo en territoire chilien. Nous éclatons notre record de vitesse sur piste : 96 kilomètres en 4 heures et demi ! Et heureusement, car nous traversons maintenant la pampa morne et plate... Rien de bien sympa. Nous passons la frontière, et y restons pour dormir car les douaniers hébergent les cyclos de passage dans une petite pièce chauffée avec une mini cuisine. Merci les douaniers argentins !

Pour la suite, pas grand chose à raconter. Nous mangeons de la ligne droite, de la ligne droite et encore de la ligne droite ! Dur dur. Le vent devient de plus en plus défavorable à mesure que nous approchons d'Ushuaïa. Heureusement, les deux dernières nuits sont à l'image du voyage, riches en rencontres. L'avant-dernière, nous la passons à Tolhuin, à la panaderia La Union tenue par Emilio. Ce gars est d'une grande générosité : il accueille avec plaisir non dissimulé tous les cyclos de passage. C'est d'ailleurs une véritable légende. Nous connaissions l'existence de ce point de chute avant même de partir en voyage ! Une petite pièce est aménagée dans le hangar de stockage, avec lit, douche et toilettes à disposition. Vous êtes affamé car vous êtes cyclistes ? Pas de problèmes, Emilio se charge de vous offrir quelques empanadas, mini-viennoiseries ou carrément une assiette de riz-viande. Le tout accompagné d'un accueil plus que chaleureux par les membres de l'équipe. Pourtant, à la belle saison, il doit arriver chaque jour au moins un cycliste. Vraiment incroyable !

Nous retrouvons petit à petit les montagnes et la forêt : hou que ça fait du bien ! Après LA dernière nuit sur la route dans un bâtiment tout confort de la sécurité civile (nous n'aurons pas déplié une seule fois la tente en Terre de Feu !), nous partons émus pour nos derniers kilomètres à vélo en Amérique du Sud (pour ce voyage là, bien sûr). Nous ne faisons qu'une bouchée du dernier col qui nous paraît bien riquiqui, mais une invitée surprise fait son apparition : la neige, accompagnée bien sûr du vent qui est toujours là. Nous roulons donc pour cette fin de voyage sous un vrai blizzard ! Et ce qui devait arriver arrive : au détour d'un virage, le mardi 19 février, nous entrons dans Ushuaïa !!!

Aïe aïe aïe, quelle émotion ! C'est vraiment incroyable, après tout ce temps, tous ces kilomètres, tous ces efforts et ces plaisirs, y être enfin ! Nous sommes à la fois fiers, tristes, déçus d'y être déjà et heureux. Tout un mélange d'une extraordinaire intensité. Nous l'avons fait ! Nous l'avons fait, nous l'avons fait. Nous sommes allés de Seattle à Ushuaïa sur nos vélos (ou presque), à la force de nos seules jambes, de notre volonté, et de cette force que nous avons tous les deux, ensemble. Et aussi bien sûr, grâce à l'aide inestimable de toutes ces personnes rencontrées au hasard de la route. Grâce à ce ridicule moyen de transport même pas motorisé, nous avons traversé un continent entier. Il faut qu'on se le répète pour y croire nous-mêmes. C'est tellement fou ! Et ce n'est pas fini !

Nous sommes donc à Ushuaïa depuis quelques jours. Nous en profitons pour assimiler ce qui est en train de se passer et penser au voyage de retour. Nous espérons voir quelques cyclos, puis commencer le long voyage vers Santos, en passant par Buenos Aires puis Curitiba. L'arrivée à Nantes est toujours fixée au 20 avril prochain. À très bientôt pour d'autres nouvelles, et à bientôt en chair et en os !

En direct de Ushuaïa, oui de Ushuaïa ! À vous les studios !

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JoomSpirit